la timidité des cimes
La timidité des cimes traduit un phénomène étudié par des biologistes qui, en observant la canopée dans certaines forêts denses, constatent un effort constant des arbres pour ne pas laisser leurs branches se rejoindre et s’entrelacer, quitte à diminuer la croissance de leurs racines. Il en résulte peu de branches cassées, une percée de la lumière au sol, voire une limitation des parasites. Conclusion : en bons voisins, les arbres communiquent. Cette image aisément perçue dans nos forêts illustre bien, je pense, le présent projet de résidences : inviter 16 artistes à explorer un territoire donné, en tenant compte de leurs directions de recherches, de leurs aptitudes à communiquer ou collaborer, de leur consentement à habiter sous le même toit.
Le cycle de résidences La Timidité des Cimes s’est étalé du 1er juin 2022 au 8 novembre 2024 sur la base de villégiature de Moisie, à 26 kilomètres de Sept-Îles. Cette ancienne base militaire, dont l’histoire emblématique et pleine de rebondissements serait trop longue à raconter ici, est située sur un promontoire entre la rivière Moisie, Mishta-shipu en innu-aimun, et le fleuve Saint-Laurent, près de cette pointe où autrefois existait un village : Moisie. Les 16 artistes y étaient invité·es, par groupes de quatre, trois ou deux, pour un séjour de recherche, de réflexion, d’exploration et de création. Le séjour était d’un mois, à de rares exceptions près.
Timides, nous le fûmes, créant individuellement, parfois interagissant ou œuvrant ensemble, inspiré·es autant par les lieux et les variations saisonnières que par la vie quotidienne au gré des disponibilités. Cohabiter, sans bien se connaître au préalable, écouter, apprendre, transmettre ne sont pas toujours des actes aisés. La question initiale associe déracinement et découverte : comment aborder, étudier et composer avec un espace d’accueil, ses composantes (géographie, nature, habitant·es, culture, climat, marées et d’autres plus spécifiques) et traduire les sentiments et les perceptions en actes réfléchis ou créatifs (tout en considérant, bien sûr, les acquis et les motivations de chacun et chacune) ? La question qui suit concerne le vivre-ensemble : comment concilier les temps de création avec les obligations du quotidien ? C’est à cette question, et à d’autres qui parfois ont surgi, que nous avons à chaque résidence tenté en groupe de répondre afin de favoriser la création, la découverte et l’échange dans ce territoire si inspirant qu’est la Côte-Nord.
Eric Mattson
Commissaire de La Timidité des Cimes