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observations / terrains de jeu

Dès leur arrivée, les artistes de La Timidité des Cimes explorent l’espace qui s’offre à leur regard. Ils et elles découvrent à leur rythme la nature puissante et changeante, les personnes qui y vivent et dont on croise la présence à la fois discrète, accueillante et chaleureuse. D’un côté, il y a l’immensité associée à l’horizon. De l’autre, tout ici semble paradoxalement à échelle humaine. Le fabuleux côtoie l’intime et le fragile. Rapidement, les artistes réalisent que ce vaste territoire les accueille. Il leur incombe alors de repérer, d’inventer, de dessiner d’autres espaces et de forger des rituels pour apprivoiser et aménager un chez-soi temporaire. Transition et ancrage.

Ce qui se dévoile de ce lieu et du territoire, les artistes qui ont précédé et ceux et celles qui leur succèderont le découvrent progressivement, sillonnant la base, esquissant différentes trajectoires, revenant sur leurs pas, optant pour un tracé qui chaque jour devient de plus en plus familier ou s’égarant volontairement. Je fais moi aussi ces promenades, semblables et différentes, uniques, traçant des itinéraires vers l’estuaire du fleuve Saint-Laurent (ici souvent appelé « la mer »), vers la rivière Moisie ou les bois environnants. Seule, parfois accompagnée. J’accède à d’autres perceptions du territoire et de l’espace de Moisie grâce au regard et aux observations des artistes et du commissaire qui y séjournent et avec qui j’échange.

Que perçoit-on d’un lieu qui nous est inconnu ? De quelle nature est la première impression : visuelle, sonore, olfactive, tactile, gustative ? Quelles images conserverons-nous ? Quelles images acoustiques retiendrons-nous ? Mais aussi, quelles traces chaque personne laissera-t-elle de son passage ? Et ces traces, seront-elles perceptibles pour celles et ceux qui séjourneront par la suite ? D’autres questions vont surgir : comment arrive-t-on à s’insérer dans le temps de la base de villégiature de Moisie, dans la vie en commun des habitant·es de la base et celle de la résidence avec d’autres artistes ? Car pour le commissaire, « la résidence est avant tout un moment de rencontre entre plusieurs personnes qui ont été choisies pour se rencontrer. Un peu comme cela peut se produire lors de conversations1 ».

L’espace-temps se modifie au gré des séjours, des marées, des conditions météorologiques et des saisons ; au gré de ce que chacun et chacune vit et partage dans le cadre de la résidence, mais aussi des événements qui traversent chaque existence personnelle, à distance. L’éloignement n’est pas isolement ; nous ne sommes pas coupé·es du monde. Tous ces aspects participent au quotidien de chaque résidence, révélant un laboratoire de création, des expériences humaines, des questionnements et un partage de connaissances.

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1. Eric Mattson, extrait d’une conversation en groupe, 20 octobre 2024.

première résidence – juin 2022
Douglas Scholes, Marie-Claude Hains et Thomas Bégin

deuxième résidence – de la mi-février à la mi-mars 2023
Bárbara González Barrera, Jeannot Rioux et Patrick Beaulieu

troisième résidence – août 2023
Elico Suzuki, François Quévillon, John Grzinich et Sarah F. Maloney

quatrième résidence – juin 2024
François Mathieu et Karen Trask

cinquième résidence – septembre 2024
Estela López Solís et Vincent Thériault

sixième résidence – octobre 2024
Stephanie Castonguay et Catherine Arsenault